02 septembre : Enseigner : le devoir de transmettre et les moyens d'apprendre
     
 

 

Conférencier :
Philippe Meirieu


Professeur en Sciences de l'Éducation à l'Université LUMIERE-Lyon 2, 16, Quai Claude Bernard, 69007 Lyon.

Diplômes :
Licence et maîtrise de philosophie, C.A.P. d'instituteur, D.E.A. de Sciences de l'Éducation à l'université LUMIERE-Lyon 2, Docteur d'État es Lettres et Sciences humaines.

Biographie :
Né le 29 novembre 1949.
- 1998-2000 : Directeur de l'Institut national de recherche pédagogique.
- 1997-1998 : Président du Comité d'organisation de la consultation et du colloque : " Quels savoirs enseigner dans les lycées ? ".
- 1993-1998 : Directeur de l'Institut des Sciences et Pratiques d'Éducation et de Formation (ISPEF) de l'Université LUMIERE-Lyon 2.
- 1987--- : Professeur en Sciences de l'Éducation à l'Université LUMIERE-Lyon 2, 16, Quai Claude Bernard, 69007 Lyon.
- 1983-1987 : Formateur à la MAFPEN de Lyon et chargé de cours à l'université.
- 1980-1986 : rédacteur en chef des Cahiers pédagogiques.
- 1970-1983 : Professeur de philosophie et de lettres dans l'enseignement secondaire.

Spécialités :
Pratiques éducatives, Histoire de la pédagogie.

Publications :
Directeur de la collection " Pédagogies " chez ESF éditeur, Philippe Meirieu a publié les ouvrages suivants : Apprendre... oui, mais comment, ESF éditeur, Paris, 1987, 16° édition, 1997, traduit en italien, en espagnol, en arabe et en anglais ;
Le choix d'éduquer - Éthique et pédagogie, ESF éditeur, Paris, 1991, 6° édition, 1997 ; Les devoirs à la maison, Syros, L'École des parents, Paris, 1987, 3°édition, 1994, traduit en portugais. Nouvelle édition refondue en 2000 ; Des enfants et des hommes, ESF éditeur, Paris, 1999 ; L'envers du tableau, ESF Éditeur, Paris, 1993, 3ème édition, 1997 ; L'école ou la guerre civile (en collaboration avec Marc Guiraud), Paris, 1997, Plon L'école, mode d'emploi - des "méthodes actives" à la pédagogie différenciée, ESF éditeur, Paris, 1985, 12° édition, 1995, traduit en italien, en espagnol ; Émile, reviens vite... Ils sont devenus fous (en collaboration avec Michel Develay), ESF éditeur, Paris, 1992, 3° édition, 1994, traduit en portugais ; Enseigner, scénario pour un métier nouveau, ESF éditeur, Paris, 1989, 8° édition, 1995 ; Frankenstein pédagogue, ESF éditeur, 1996, traduit en espagnol ; Itinéraire des pédagogies de groupe - Apprendre en groupe ? 1, Chronique sociale, Lyon, 1984, 7° édition, 1994, traduit en italien ; Outils pour apprendre en groupe - Apprendre en groupe ? 2, Chronique sociale, Lyon, 1984, 8° édition, 1994, traduit en italien ; La Pédagogie entre le dire et le faire -1- Le courage des commencements, Paris, ESF éditeur, 1995, traduit en italien ; Lettres à quelques amis politiques sur la République et l'état de son école, Paris, Plon, 1998. A paraître fin août 2000 : École, parents, enseignants : la grande explication, PLON.

 
 
 

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En ces temps de crise de la filiation, quand visiblement, le lien entre les générations est mis à mal, le maître, de tous côtés, est enjoint de " transmettre ". Et, effectivement, " transmettre " est bien le premier devoir de l'enseignant : l'enfant a, plus que jamais, besoin d'être introduit dans le monde, inscrit dans une histoire, instruit de cette histoire.
Il ne peut grandir sans maîtriser les langages fondamentaux des hommes, sans intégrer les règles fondatrices de la socialité. Mais l'impératif de la transmission, quand il s'exaspère et perd de vue la spécificité de la relation éducative, peut conduire le maître au bord de l'abîme : dans l'alternative mortifère entre " la fabrication " et " la démission ", entre le passage en force pour quelques-uns et l'exclusion des réfractaires. C'est que l'éducation n'est pas poiesis mais praxis : elle ne " fabrique " pas mais accompagne l'émergence d'une liberté. Dans ces conditions, la transmission ne peut céder à sa dérive " mécanique "; elle doit échapper au conflit des volontés qui gangrène l'institution scolaire et engendre tensions, violences et rejets. L'École ne peut pas concevoir son rôle à la manière d'une " colonisation de l'intérieur "... Mais, elle ne peut pas, non plus, renoncer à son projet de permettre l'accès de tous aux formes universelles de la culture.

Enseigner, dans ces conditions, est bien un de ces " métiers impossibles " décrit par Freud. Et, pourtant, c'est une activité quotidienne pour des millions de personnes dans le monde. Activité qui devient envisageable dès lors qu'elle est consciente des contradictions qui la traversent : transmettre des savoirs radicalement étrangers à ceux à qui elle s'adresse et être attentive, dans le même temps, aux démarches individuelles et collectives de leur appropriation. Ne rien céder aux caprices de l'enfant-roi et, dans le même temps, donner aux savoirs le sens sans lequel l'enfant ne pourra jamais se les approprier. Ne jamais transiger sur l'exigence de vérité, porteuse d'universel, tout en acceptant que les élèves n'accèdent à celle-ci que par des chemins singuliers, respectueux de leurs histoires. Éviter l'instrumentalisme qui réduit les connaissances aux savoir-faire et, simultanément, inventer des médiations qui permettent de mettre à la disposition de tous les moyens d'apprendre. Être déterminé à " transmettre " les oeuvres des hommes et savoir qu'en fin de compte l'essentiel reste, selon la formule de Pestalozzi, que chacun " se fasse oeuvre de lui-même ".